Sofia Essaïdi : entre lettres racistes et carrière bridée, pourquoi elle a tout arrêté

Sofia Essaïdi a vécu un moment fort ce week-end. Au Festival de la fiction de La Rochelle, la comédienne a reçu le prix de la meilleure actrice pour son rôle dans Au sein des autres, un téléfilm consacré au cancer qui sera bientôt diffusé sur France 2. Submergée par l’émotion, elle a fondu en larmes sur scène.

« Je suis hyper émue ! Je suis émue parce que ce film est important pour moi », a-t-elle confié, avant de révéler que ce rôle faisait écho à un deuil personnel. Un sacre qui remet en lumière une carrière construite dans la douleur, entre racisme subi dès ses débuts et choix radicaux pour préserver sa liberté d’artiste.

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Un sacre à La Rochelle teinté d’émotion

Sur scène, Sofia Essaïdi n’a pas caché la dimension intime de ce rôle. « J’ai perdu la personne que j’aime le plus au monde d’un cancer. Et j’avais envie un jour de pouvoir en parler dans une fiction. C’est celle-ci qui m’a décidée à le faire », a-t-elle témoigné, la voix nouée par le souvenir.

L’actrice a également rendu hommage à son équipe et à sa réalisatrice, Vania Leturcq, qu’elle a qualifiée de « rêve pour tous les acteurs », une metteuse en scène qui « regarde avec amour, avec sensibilité ». Une reconnaissance mutuelle, tant le tournage semble avoir marqué la comédienne.

Avant de quitter la scène, elle a dédié son trophée à toutes les femmes rencontrées durant la préparation du rôle. « Je voudrais dédier ce trophée à tous les gens qui se battent, qui luttent, à toutes les femmes qui ont bien voulu me parler. J’en ai écouté beaucoup », a-t-elle déclaré, saluant leur courage face à la maladie.

Ce sacre couronne une trajectoire longue de plus de vingt ans, entamée bien avant les plateaux de cinéma. Car derrière la comédienne aujourd’hui célébrée se cache une jeune femme qui a dû, très tôt, apprendre à encaisser les coups, loin des paillettes de la notoriété naissante.

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Des lettres racistes dès la Star Academy

Née le 6 août 1984 à Casablanca, Sofia Essaïdi grandit dans la double culture de ses parents, l’un marocain, l’autre française. « Dans cette immense ville, nous sommes comme dans un village, loin de la haine et du racisme », racontait-elle en 2015 dans Paris Match, évoquant une enfance protégée, presque insouciante.

Tout change lorsqu’elle s’installe en France pour ses études, puis intègre la troisième saison de la Star Academy en 2003. Repérée jusqu’en demi-finale, la jeune candidate découvre alors une réalité qu’elle ne soupçonnait pas. « Lorsque j’ai fait la Star Academy, j’ai reçu une ou deux lettres très racistes. Je n’ai pas voulu en faire une généralité », confiait-elle au journal suisse Le Matin, avec une pudeur qui masque mal la blessure.

Cette expérience isolée n’en restera pas une. Quelques années plus tard, en tournant la série Aïcha, elle prend pleinement conscience de l’ampleur du phénomène. « Je ne me suis rendu compte de cette réalité-là qu’en tournant Aïcha. J’ai grandi dans la mixité au Maroc avec des Français, des Juifs, des Arabes, main dans la main. Plus tard, je suis tombée des nues en découvrant certaines choses en France », expliquait-elle, encore marquée par ce contraste brutal entre ses deux pays.

Un choc d’autant plus violent que rien, dans son éducation casablancaise, ne l’avait préparée à affronter ce type de rejet. Cette prise de conscience tardive éclaire aujourd’hui un peu mieux la détermination avec laquelle l’actrice a ensuite construit sa carrière, loin des étiquettes qu’on voulait lui coller.

Une carrière musicale bridée, un choix radical

Révélée par la chanson, Sofia Essaïdi enregistre un premier album dès 2005, puis triomphe dans la comédie musicale Cléopâtre. Mais derrière les projecteurs, l’artiste étouffe. « Je n’ai pas été très heureuse avec la musique. J’ai voulu à un moment donné prendre du recul pour pouvoir retrouver une liberté d’être vraiment la chanteuse que j’avais envie d’être », confiait-elle sur Sud Radio en 2021.

Le problème, selon elle, ne tenait pas à la musique elle-même, mais à l’absence totale de liberté artistique. « J’avais des envies, des choses à dire, et ça n’intéressait pas les personnes avec lesquelles je travaillais à l’époque. Ça a été très douloureux et il a fallu que je fasse un stop assez radical », expliquait-elle, sans détour sur la violence de cette rupture.

Elle va plus loin encore, pointant du doigt un système qui la réduisait à un simple produit marketing. « Je n’avais pas la chance à l’époque de choisir ce que je chantais, je me suis débattue pendant très longtemps pour essayer d’imposer des choses (…) je n’ai pas réussi », reconnaissait-elle, avant d’ajouter : « Pour beaucoup de personnes, j’étais un produit. »

C’est cette frustration accumulée qui la pousse finalement à tout arrêter, pour se consacrer au cinéma et à la télévision. Un pari risqué, mais payant : entre Aïcha, Les Combattantes et désormais ce trophée à La Rochelle, l’actrice a fini par imposer sa propre voix, loin des lettres racistes et des carcans imposés. Une résilience que son sacre de ce week-end vient une nouvelle fois récompenser, vingt ans après ses premiers pas sur scène.

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