Catherine Ringer a passé la fin de sa vie dans une maison en briques aux Lilas, entre “engueulades” avec le maire et combat pour la maternité où sont nés ses trois enfants

Tragique disparition d’une icône rock. Ce mardi, la France a perdu l’une de ses plus belles voix. Catherine Ringer, l’inoubliable chanteuse des Rita Mitsouko formée dans les années 1980 avec son compagnon Fred Chichin, s’est éteinte à l’âge de 68 ans.

Si la star déjantée enflammait les scènes, la femme, elle, avait posé ses valises en Seine-Saint-Denis, aux Lilas, dans une belle maison de briques masquée par une végétation foisonnante. Là-bas, entre le marché et le parc, l’interprète de Marcia Baïla s’était imposée comme une citoyenne d’une authenticité rare, engagée, fantasque et profondément attachée à ses voisins.

Catherine Ringer, une Lilasienne pas comme les autres

Aux Lilas, pas de strass ni de paillettes : Catherine Ringer était “madame tout le monde, ou presque”. Dans les colonnes du Parisien, le maire de la ville, Lionel Benharous, garde d’elle le souvenir vibrant d’“une amie”, “une sœur” ou encore “une grand-mère que l’on croisait au parc ou au marché”. L’élu, dithyrambique, n’oubliera jamais leurs “karaokés endiablés à la fête de la ville”, même s’il concède avoir aussi essuyé “quelques engueulades”. Il faut dire que la rockeuse avait du caractère : “Elle était cash. Tu la prenais ou tu te cassais”, résume son amie Chantal Birman.

Dans la commune, sa folie douce enchantait petits et grands. Lors d’une lecture à la librairie Folie d’Encre, “elle s’est mise à faire chanter tout le monde. Elle voulait monter sur une table. Elle faisait le show !” se remémore la libraire Valérie dans le Parisien. À la bibliothèque, pour un atelier, elle était arrivée en sautant carrément par-dessus la grille. Après avoir lancé aux enfants que “chanter c’est une activité humaine, au même titre que respirer, manger et boire”, elle avait fini par leur distribuer des dattes. Même masquée pendant le confinement ou agacée dans la file d’attente du bureau de vote, elle finissait toujours par chanter, trahie par son timbre mythique.

Son combat viscéral pour la maternité où sont nés ses trois enfants

Mais la parolière des Rita était aussi de toutes les luttes, qu’elle embrassait toujours en musique. Son combat le plus cher restera celui de la maternité des Lilas, aujourd’hui fermée. Ses trois enfants y étaient nés, et elle y avait également subi un avortement. Pour soutenir l’établissement, elle avait même composé un titre militant : “La maternité renaîtra. Attention il y a danger. Ça dérive vers l’usine à bébés, standardisée, rentabilisée, mais faisons des bébés de qualité”. “Elle était tellement vivante, elle a mis une pulsion de vie partout où elle est passée”, souffle l’ancienne sage-femme Chantal Birman à nos confrères.

Son engagement citoyen l’a même menée jusqu’au tribunal. Notamment pour avoir sectionné un grillage afin de protéger les arbres de la Corniche des Forts. Face au juge, l’artiste n’a rien lâché : “Nous avons fait cela par devoir citoyen !” s’était-elle exclamée, obtenant une relaxe méritée. “Elle était comme ça. Elle ne faisait jamais dans la demi-mesure”, conclut son amie de lutte Marianne Lesou. Les Lilas pleurent aujourd’hui leur plus belle âme.

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