Le Rassemblement national traverse une période de fortes tensions internes depuis le retour de Marine Le Pen dans la course présidentielle. Selon Libération, la méfiance entre proches de la candidate et soutiens de Jordan Bardella s’est intensifiée au point de nourrir une véritable chasse aux fuites. Dans ce climat, une formule résume la brutalité des soupçons : “Au PS, quand vous voulez abattre un adversaire, vous le faites sur l’argent. À droite, sur les mœurs. Au RN, c’est l’antisémitisme”.
La publication annoncée puis finalement abandonnée par le nouvel hebdomadaire L’Infiltré aurait déjà suffi à mettre les nerfs du parti à rude épreuve. Chacun cherchait à identifier une éventuelle “taupe” et surtout son camp. Un conseiller très proche de Marine Le Pen a été soupçonné après un déjeuner avec plusieurs journalistes. Ces rencontres, pourtant courantes autour de l’Assemblée nationale, sont devenues suspectes dans un parti où chaque contact médiatique semble désormais interprété comme un possible règlement de comptes. Marine Le Pen se serait elle-même agacée de cette traque.
Au RN, tous recherchent la taupe
D’après Libération, elle aurait contacté Arnaud Lagardère, actionnaire de L’Infiltré, durant le week-end du 19 septembre pour demander que cette recherche cesse. Une source interne à l’hebdomadaire explique : “On ne participe pas à la meute. Et on ne veut pas être instrumentalisé”. Mais le mal était déjà fait. Les révélations de Mediapart sur d’anciens propos antisémites attribués à Jordan Bardella ont encore renforcé les suspicions.
Depuis le 7 juillet, date citée par Jean-Philippe Tanguy comme un tournant, les clans se surveillent davantage. “Je suis en mode tortue romaine, je ne me mêle pas de leurs affaires”, confie le député de la Somme. Les tensions liées à François Durvye, ex-conseiller économique du compagnon de Maria Carolina, ou au retour de Marion Maréchal, ont accentué ce climat. Désormais, même les rendez-vous entre élus RN et journalistes seraient soumis à davantage de contrôle. Marine Le Pen et Jordan Bardella auraient ainsi demandé que les représentants du parti, hors porte-parole, sollicitent l’autorisation du siège avant toute rencontre avec la presse. Les rancœurs sont aussi personnalisées. Côté mariniste, Victor Chabert et Ambroise de Rancourt font l’objet de critiques.
Au parti de Jordan Bardella, le climat est tendu
Renaud Labaye et Jean-Philippe Tanguy sont régulièrement désignés comme des figures hostiles. Un haut gradé accuse même Tanguy de vouloir “créer la scission”. La polémique autour de L’Infiltré a donc cristallisé une guerre de défiance plus large. Certains proches de Bardella sont soupçonnés d’avoir alimenté les révélations promises par le journal, tandis que les proches de Marine Le Pen redoutent des manœuvres adverses.
L’interview de Sébastien Chenu par Gauthier Le Bret sur CNews a encore nourri les soupçons, notamment après la promesse d’exclure la “taupe” si elle était identifiée. Au-delà des accusations croisées, Libération décrit surtout un parti à cran, où chaque fuite, chaque déjeuner et chaque proximité journalistique peuvent désormais être interprétés comme une arme dans la rivalité entre les deux entourages. Une atmosphère qui, selon le quotidien, complique désormais la circulation de l’information interne et transforme la moindre indiscrétion en soupçon de manœuvre entre des camps politiques rivaux.