Pourquoi avoir décidé de réaliser un film sur l’affaire Jonathann Daval pour l’émission Au bout de l’enquête sur France 2 ?
Marie Peyraube : Si vous voulez l’affaire Daval, c’est une affaire vraiment que tout le monde connaît. Tous les Français connaissent. Il y a beaucoup de films et de documentaires qui ont été faits sur cette affaire. On connaît vraiment bien les protagonistes. Et on pourrait dire que c’est presque un fait divers un peu patrimonial. Ce qui nous a intéressé avec ma rédaction en chef, c’était d’avoir un angle qui avait été assez peu exploré : le travail des enquêteurs. Et en particulier le travail des gendarmes de la SR de Besançon sur cette affaire. On a remonté le fil de toute cette enquête pour comprendre comment elle a été réalisée petit à petit. On a choisi cet angle pour comprendre comment les enquêteurs avaient travaillé sur une affaire aussi médiatique. Parce que c’est pas facile pour un enquêteur de travailler quand on a les journalistes de la France entière qui sont dans la même ville. Et qui essayent de faire le même travail que vous.
Est-ce que c’était aussi une volonté de votre part d’apporter un nouvel éclairage sur cette affaire extrêmement médiatisée ?
M.P : Oui absolument. Et puis c’était aussi de comprendre. On connaît les parents d’Alexia Daval qui se sont beaucoup exprimés. On connaît la mère de Jonathan Daval qui s’est beaucoup exprimée. Et on connaît les avocats qui sont très médiatiques. Mais finalement, les enquêteurs étaient toujours restés dans l’ombre. Je dis les enquêteurs, mais aussi le médecin légiste qui est une exclue. Il nous a parlé en exclusivité. Il n’avait jamais parlé avant. Le directeur d’enquête non plus n’avait jamais parlé avant. On a cherché à comprendre comment ils sont arrivés, en fait, à déclencher la garde à vue de Jonathan Daval. Alors que personne ne savait qu’il était dans le collimateur. Et comment ils ont su garder le secret pendant trois mois avec toute la presse de France qui voulait savoir où ils en étaient. Bref, découvrir comment ils ont réussi à travailler sans jamais trahir leur piste d’enquête.
En tant que journaliste, quand vous travaillez sur un fait divers aussi médiatisé que celui-ci, est-ce que ça rend votre tâche plus compliquée ou au contraire beaucoup plus facile ?
M.P : Alors, ça dépend en fait. Quand on travaille au début, au moment de la disparition d’Alexia Daval, le fait que ce soit très médiatique, il y a beaucoup de gens, beaucoup de concurrents, beaucoup de confrères qui sont là. Mais moi, ça, c’était pas du tout mon travail. Moi, c’était un autre travail. Le jugement était passé. Le verdict était donné. Il n’avait pas fait appel. Si vous voulez, le dossier judiciairement, il est clos. C’est fini. Là, il purge sa peine. Donc mon travail c’était plutôt de revenir sur une affaire qui avait été très médiatisée. Et d’essayer d’avoir cet angle différent. Par exemple, dans le documentaire, les enquêteurs racontent que pour se protéger justement de cette folie médiatique, ils avaient des petits trucs. Par exemple, dans le service des enquêteurs, ils avaient changé les serrures. Et un des enquêteurs avait mis les barillets de sa maison. Il avait fait poser ça pour que personne ne puisse piquer les PV, piquer des dossiers. Et qu’il n’y ait surtout aucune fuite.
Est-ce que vous aviez déjà couvert l’affaire quand elle a éclaté ?
M.P : J’avais fait déjà un documentaire sur cette affaire une fois que l’instruction était terminée, avant l’ouverture du procès. Donc je connaissais déjà les protagonistes. Mais je n’avais jamais pu avoir accès au travail des enquêteurs. Et ce qui était vraiment intéressant dans ce documentaire-là, c’était de raconter ce travail de fourmi. Parce que c’est une enquête qui est particulièrement remarquable. Vraiment, c’est une très, très, très belle enquête. Et j’avais envie de raconter leur travail, sachant que quand ils déclenchent la garde à vue de Jonathann Daval, il s’est enfermé dans un déni. Il a été vu par la France entière, filmé par les caméras en train de pleurer. Il est vraiment dans cette figure de mari éploré. Et en fait, les enquêteurs, quand ils déclenchent la garde à vue, c’est parce qu’ils ont fait un travail extrêmement minutieux avant. Un travail de téléphonie, un travail d’audition, un travail d’exploitation des pneus, des voitures. En fait, c’est tout ce travail qu’on voulait raconter. Et quand ils placent Jonathan en garde à vue, au départ, il nie, il nie, il nie. Et c’est à la 38e heure de garde à vue qu’il finit par avouer. S’il finit par avouer, c’est parce que les gendarmes ont fait ce travail d’enquête avant.
Le film est découpé en deux parties. Est-ce une volonté de votre part ?
M.P : En fait, c’est un choix de mon rédacteur en chef et producteur Antoine Gaveau. Il voulait raconter cette histoire en deux épisodes et de manière chronologique. Pour qu’on soit vraiment un peu comme dans un thriller. Qu’on soit vraiment happé par l’histoire. C’est vraiment l’émission qui est faite comme ça. Il y avait beaucoup à raconter. C’est pour ça qu’on a fait deux épisodes.
M.P : Là, pour le moment, je vais me concentrer vraiment sur mon nouveau poste. Parce que c’est un poste qui prend du temps. Pour l’instant, je n’ai pas d’autres projets télé, j’ai vraiment envie de me consacrer à la radio et à ce nouveau poste.