42 ans après la mort du petit Grégory, une nouvelle bataille judiciaire s’ouvre autour de sa mère. Christine Villemin, innocentée par la justice, poursuit pour diffamation Marie-France Lefèvre-Bezzina, ancienne journaliste âgée de 82 ans. Celle-ci continue pourtant d’entretenir publiquement l’idée d’une culpabilité de la mère de l’enfant, notamment sur Facebook, où elle publie des messages accusateurs.
L’audience doit se tenir devant le tribunal correctionnel de Paris, alors que l’affaire n’est toujours pas résolue. En juin 2025, Marie-France Lefèvre-Bezzina écrivait ainsi : “Il n’y a pas besoin d’aveu : elle n’a fait que mentir”. Quelques jours auparavant, elle avait publié “L’assassin habite au 21”, une référence au numéro de rue du domicile actuel de Jean-Marie et Christine Villemin. Le lendemain, elle ajoutait encore : “Imaginez ces enfants dont les deux parents sont des assassins”. Des propos que Christine Villemin a décidé de ne plus laisser passer. Son avocat a donc choisi la citation directe, une procédure utilisée en diffamation.
Une journaliste historiquement liée à l’affaire
Marie-France Lefèvre-Bezzina n’est pas une observatrice anonyme. Avec son mari Jean-Michel Bezzina, elle a couvert l’affaire dès ses débuts pour plusieurs médias nationaux, parmi lesquels Le Figaro, France-Soir et Le Parisien. À l’époque déjà, elle relayait la thèse d’une mère infanticide, alors soutenue par la police et par le juge Jean-Michel Lambert.
Christine Villemin avait été inculpée puis placée en détention provisoire durant onze jours. Le garçonnet, retrouvé entravé dans la Vologne le 16 octobre 1984, avait plongé toute la famille dans un emballement judiciaire et médiatique. En 1993, la justice avait prononcé un non-lieu retentissant, évoquant une “absence totale de charges”. Malgré cette décision, l’ancienne journaliste persiste. Sur le groupe Facebook “Affaire Grégory = mensonge d’État”, elle affirme que le non-lieu “déborde de mensonges”. Elle assure également que la voix enregistrée du corbeau serait celle de “CV”, les initiales de Christine Villemin, en se fondant sur ses “quelques années au conservatoire”. Pour Christine Villemin, ces publications portent atteinte à son honneur.
Christine Villemin réclame 100 000 euros
Pour son avocat, Me François Saint-Pierre, ces accusations dépassent toutes les limites. Il dénonce une “totale mauvaise foi” ainsi que des propos d’une “gravité majeure”, aggravés selon lui par la qualité d’ancienne journaliste revendiquée par Marie-France Lefèvre-Bezzina. “Désormais, nous ne laisserons plus rien passer, c’est tolérance zéro”, a-t-il prévenu. Christine Villemin réclame 100 000 euros de dommages et intérêts et ne sera pas présente à l’audience. Son conseil veut mettre fin aux accusations répétées qui circulent encore plus de quatre décennies après le crime.
La défense de Marie-France Lefèvre-Bezzina demandera, elle, la relaxe en invoquant “des moyens de forme et de fond”. Ce procès ravive aussi un ancien affrontement entre les deux parties. Il y a trente ans, l’ancienne journaliste avait elle-même poursuivi les Villemin après la publication de leur livre Le seize octobre. Elle avait été déboutée, le tribunal relevant son “parti pris et son manque d’objectivité”. Pendant ce temps, l’affaire Grégory reste ouverte, dans l’attente notamment de nouveaux résultats d’expertises ADN et de stylométrie.