À 18 ans, Clara Morgane choisissait le cinéma X, provoquant un séisme dans sa famille marseillaise. Vingt ans plus tard, la chanteuse et entrepreneuse relit ce chapitre avec une lucidité désarmante. L’ancienne star du X raconte comment ce choix fulgurant a bousculé sa vie entière et cristallisé ses blessures d’adolescente.
Née Emmanuelle Munos en 1981, élevée dans une famille pied-noir et espagnole où la sexualité reste taboue, elle n’a tourné qu’une poignée de films entre 2000 et 2002. L’étiquette, elle, ne l’a jamais quittée. Aujourd’hui quadragénaire, elle assume ses débuts dans le X tout en les décrivant comme un test extrême de l’amour parental.
À 18 ans, les débuts dans le X de Clara Morgane bouleversent son destin
À Marseille, l’adolescente grandit dans un univers très codifié où l’on parle peu de désir. Mais à la majorité, la curiosité l’emporte. Avec son compagnon de l’époque, le réalisateur Greg Centauro, elle découvre le Cap d’Agde puis le salon Hot Vidéo à Paris, tout en poursuivant un BTS action commerciale.
Sur place, plusieurs professionnels lui proposent de tourner. Elle refuse d’abord, avant de rencontrer Fred Coppula, qui lui offre un contrat d’exclusivité chez Blue One. Condition essentielle : Greg sera son seul partenaire masculin à l’écran. Clara accepte, persuadée que cette parenthèse sera courte et non une véritable carrière.
Quand Clara Morgane transforme ses débuts dans le X en test d’amour parental
La scène clé se joue à Marseille, quand elle décide d’annoncer son contrat à ses parents. Consciente de provoquer un choc, elle réunit toute la famille. Aujourd’hui, elle confie : “Avec le recul, je sais que c’était une façon de tester leur amour inconditionnel. J’avais besoin de savoir s’ils m’aimeraient toujours après le pire”, a expliqué Clara Morgane dans le podcast Bangerz.
Face à elle, sa mère l’écoute et choisit de rester à ses côtés, une attitude que Clara qualifie de “la plus belle preuve d’amour”. Avec le temps, elle met des mots sur ce geste extrême et parle de ce choix comme de “j’appelle ça mon suicide social que j’ai fait auprès du monde, mais d’abord auprès de mes parents”.
Blessure d’humiliation et burn-out : le long après-coup pour Clara Morgane
Derrière ce “suicide social” se cache un rapport aux émotions façonné par les épreuves. Marquée par la maladie de son père puis celle de Greg Centauro, Clara s’habitue très tôt aux montagnes russes. “J’aime l’intensité, je suis dopée à l’intensité”, reconnaît-elle, avant d’ajouter : “J’ai la blessure d’humiliation alors je devais forcément aller expérimenter ça”.
Après avoir quitté les plateaux, il lui faudra près de dix ans pour se construire une image au-delà du X, entre musique, télévision et cabaret. Cette course à la reconnaissance la mène au burn-out puis vers la psychanalyse, qui l’aide à apaiser ses colères. Devenue mère, elle n’a aujourd’hui qu’un seul objectif : offrir à sa fille cet amour inconditionnel qu’elle a, elle, longtemps cherché à éprouver.