Lio fait à nouveau parler d’elle après sa sortie contre Patrick Bruel au 13H de France 2. Invitée à Deauville pour présider le jury de la Révélation, la chanteuse a déchiré un post-it à son effigie devant les caméras.
Et de lâcher un définitif : « Tu as chanté Place des grands hommes et tu n’en es pas un. » Une charge nette, dans la droite ligne de ses prises de position depuis plusieurs mois.
Cette franchise n’a rien d’un hasard. Depuis mai 2026, à Toulouse déjà, elle réclamait publiquement que Bruel « aille se faire soigner », estimant qu’il fallait lui « apprendre à rentrer son sexe ». Une colère nourrie, entre autres, par un épisode glaçant d’abus de pouvoir vécu dans sa propre carrière, qu’elle raconte elle-même sans détour dans son autobiographie Pop Model, parue en 2004.
Lio, une voix qui dénonce depuis longtemps les abus
Bien avant Deauville, Lio avait déjà pris position à de nombreuses reprises sur les rapports de force entre hommes puissants et femmes du monde du spectacle. En 2020, elle qualifiait ainsi Serge Gainsbourg de « harceleur » et de « Weinstein de la chanson », rappelant que la jeune France Gall ignorait tout du sens des paroles des Sucettes qu’il lui avait fait chanter.
Cet engagement, la chanteuse le porte aussi dans sa propre histoire. Victime, selon ses mots, d’un viol à l’âge de dix ans, elle s’est ensuite engagée pendant des années dans la protection des femmes battues, après avoir elle-même traversé une relation marquée par la violence et l’emprise. Un parcours qui éclaire d’un jour particulier l’épisode ministériel qu’elle raconte au début des années 1990.
Une dette fiscale vertigineuse au début des années 1990
Au tournant des années 1990, Lio traverse une période financière très délicate. Sa dette fiscale s’élève alors à plus de 3,7 millions de francs, une somme vertigineuse pour l’époque. Convoquée à plusieurs reprises au ministère du Budget, elle se retrouve face à Michel Charasse, ministre délégué au Budget du gouvernement socialiste entre 1988 et 1992.
Dans son livre, la chanteuse décrit une ambiance étrange, presque irréelle, lors de ces rendez-vous. « Il me fait des ronds de jambe, avec une faconde certaine. Je vis un rêve étrange, un peu inquiétant », écrit-elle, évoquant un climat de séduction déplacé de la part du ministre. « Je me retrouve dans un roman, tout en sachant parfaitement que je ne pourrai rien retirer de cette situation, je ne suis pas une courtisane », précise-t-elle avec lucidité.
Selon plusieurs récits, dont celui de l’enquête Sexus Politicus, Michel Charasse serait allé jusqu’à proposer explicitement une relation intime en échange d’un traitement favorable de son dossier. Une proposition que Lio dit avoir fermement refusée, malgré l’ampleur de sa dette et la pression que représentait cette convocation ministérielle répétée.
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Un ministre connu pour ses “arrangements” avec les artistes
Cet épisode ne reste pas totalement isolé dans l’histoire du ministère du Budget de l’époque. En 2014, l’humoriste Jean-Marie Bigard avait lui-même évoqué, sur France Info, des pratiques informelles attribuées à Michel Charasse envers certains artistes en délicatesse avec le fisc. « Il prenait la feuille et il la déchirait », racontait-il, avant de finalement présenter ses excuses le soir même, évoquant une simple rumeur.
Michel Charasse avait alors vivement démenti ces accusations. « Je tombe de l’armoire. C’est totalement faux. Ce type de pratiques n’a jamais existé », avait-il assuré, tout en reconnaissant chercher des « arrangements » légaux comme des délais de paiement. Concernant Lio précisément, l’ancien ministre évoquait de son côté des biens saisis au Portugal pour expliquer la résolution du dossier, une version bien différente de celle racontée par la chanteuse.
Cette zone grise, entre pouvoir politique et vie privée des artistes, avait déjà été documentée ailleurs. Le chanteur Charles Aznavour racontait lui aussi, quelques mois plus tôt, avoir versé de l’argent liquide à des responsables politiques pour éviter des poursuites fiscales. « J’en ai eu pas mal, ça m’a coûté très cher », confiait-il, dressant le portrait d’une époque où le pouvoir se négociait parfois en toute opacité.
Trente ans plus tard, alors que Lio continue de dénoncer publiquement les comportements abusifs de certains hommes influents, cet épisode méconnu de sa jeunesse rappelle à quel point ces rapports de pouvoir ont longtemps traversé, sans grande conséquence pour leurs auteurs, aussi bien le monde politique que celui du spectacle.