Catherine Ringer : son duo oublié avec Patrick Bruel, après un drame

Bernard Lavilliers n’a pas caché son émotion en évoquant la mort de Catherine Ringer, disparue le 14 septembre 2026 à l’âge de 68 ans. Au micro de RTL, le chanteur a livré un témoignage poignant sur près de trente ans d’amitié, brutalement interrompue.

« C’est une amie que je perds, une amie proche, un personnage très important pour moi », a-t-il confié, la voix marquée par le choc. Il a notamment révélé qu’il s’apprêtait à l’appeler pour un projet musical commun : « On m’a envoyé un SMS, j’apprends qu’elle est morte. » Un aveu qui a rappelé, en creux, l’importance des duos dans la carrière de l’artiste.

Bernard Lavilliers, une amitié musicale de trente ans

Entre Bernard Lavilliers et Catherine Ringer, la complicité dépassait largement le cadre professionnel. « On essaie de faire de la musique ensemble, des poèmes et des tas de trucs, donc on passait des heures ensemble », a-t-il raconté, évoquant une relation nourrie depuis près de trois décennies.

Le chanteur a également salué le talent scénique de son amie. « C’était aussi une grande danseuse, elle avait une très belle voix », a-t-il souligné, rendant hommage à l’énergie qui la caractérisait jusque dans ses derniers mois. Il se souvenait encore de leur dernière rencontre publique, aux Victoires de la Musique : « Elle était venue me soutenir et elle avait une énergie incroyable. »

Ce témoignage rappelle à quel point Catherine Ringer, au-delà de sa carrière avec les Rita Mitsouko, a multiplié les collaborations marquantes tout au long de sa carrière. Parmi elles, un duo aujourd’hui largement oublié, né dans des circonstances dramatiques : celui donné avec Patrick Bruel, au lendemain des attentats de janvier 2015.

Sa disparition, officiellement causée par un cancer foudroyant selon le communiqué transmis par ses proches, a suscité une vague d’hommages dans tout le paysage musical français. Des artistes aussi divers que Marc Lavoine ou Yaël Braun-Pivet ont salué la mémoire d’une interprète unique, dont la générosité scénique dépassait largement le cadre de son groupe emblématique.

Un concert d’urgence après l’attentat contre Charlie Hebdo

Le 7 janvier 2015, l’attaque terroriste contre la rédaction de Charlie Hebdo fait douze morts et plonge la France dans la sidération. Deux jours plus tard, de nouvelles tragédies éclatent en Seine-et-Saint-Denis et à Paris, portées par les mêmes individus.

Face à ce drame, France 2, TV5 Monde et plusieurs antennes de Radio France organisent, dès le 11 janvier, une soirée spéciale exceptionnelle. Des dizaines d’artistes répondent présents pour défendre la liberté d’expression, portés par l’Orchestre National de France et le Chœur de Radio France.

Parmi les chanteurs mobilisés ce soir-là figurent Alain Souchon, Julien Clerc, Benjamin Biolay ou encore Grand Corps Malade. Mais c’est le duo formé par Catherine Ringer et Patrick Bruel qui marque durablement les esprits, dans une soirée où se mêlent témoignages, humour corrosif et musique live.

« Les Loups », une reprise devenue symbole

Sur scène, Catherine Ringer et Patrick Bruel choisissent d’interpréter Les Loups, chanson emblématique de Serge Reggiani. Un choix loin d’être anodin, tant le texte, porteur d’images de violence et de menace rôdant autour de Paris, résonne alors avec une actualité brutale.

Les paroles évoquent des « loups loin de Paris », venus « en Croatie, en Germanie », avant de finalement « regarder vers Paris ». Une métaphore troublante, qui prend une résonance particulière dans le contexte des attentats, sans jamais tomber dans le pathos ni la surenchère.

Onze ans plus tard, ce duo reste peu évoqué dans la carrière de Catherine Ringer, éclipsé par ses collaborations plus connues avec les Rita Mitsouko. Il illustre pourtant la capacité de l’artiste à se saisir, en urgence, des grands moments collectifs, aux côtés d’autres figures de la chanson française.

Cette générosité, Catherine Ringer l’a démontrée à de multiples reprises au fil de sa carrière solo, loin des salles de concert habituelles. En juin 2020, elle participait déjà à un concert caritatif au profit d’Emmaüs, aux côtés de Patrick Bruel, Benjamin Biolay, Vitaa et Slimane, confirmant son attachement aux causes collectives et à la solidarité artistique.

Un engagement que Bernard Lavilliers, cette semaine, a contribué à faire ressurgir, à travers son témoignage bouleversé. Le duo interprété avec Patrick Bruel sur Les Loups, longtemps resté dans l’ombre de sa discographie officielle, apparaît aujourd’hui comme l’un des symboles les plus forts de cette générosité artistique, désormais associée à un ultime hommage collectif.

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