Du « Vieux Fusil » à M. Pokora : 50 ans de cinéma face au massacre d’Oradour

Ce 24 septembre 2026, TF1 diffuse Oradour, un téléfilm événement porté par Matt Pokora. Cette fiction en deux parties revient sur les cinq jours précédant le massacre d’Oradour-sur-Glane. Et ce, à travers le regard de Philippe Gerbier, officier des Forces françaises libres parachuté près du village. Une coproduction franco-belge qui replonge le grand public dans l’un des drames les plus terribles de l’Occupation.

Mais ce projet n’est pas le premier à s’emparer de cette tragédie à l’écran. Depuis un demi-siècle, le cinéma français tente régulièrement de raconter l’indicible, avec des approches radicalement différentes selon les époques.

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“Oradour”, le projet personnel de Matt Pokora

L’histoire de ce téléfilm commence en 2019, quand Matt Pokora tombe par hasard sur un documentaire consacré au massacre. « Plus j’avançais dans mes recherches et plus l’idée d’en faire un film devenait une évidence », confie l’artiste sur Instagram. En 2022, il se rend directement à Oradour-sur-Glane pour y rencontrer Robert Hébras. Il est alors le dernier survivant du massacre. Il est accompagné de sa petite-fille Agathe.

Cette rencontre marque profondément le chanteur. « C’était intense et bouleversant. Robert nous a quittés quelques mois après », se souvient-il. Et de mesurer la chance d’avoir pu échanger avec lui avant sa disparition en 2023. Le projet met toutefois du temps à convaincre. Plusieurs organisations locales, dont l’Association nationale des familles des martyrs, expriment leurs craintes qu’un scénario romancé dénature les faits historiques.

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Après plusieurs rencontres entre l’équipe de production et les familles, un accord est trouvé. « Nous avons compris que le déroulement global du massacre avait été traité de manière réelle », reconnaît le président de l’association. Il a obtenu qu’un avertissement soit diffusé en début de programme. Une prudence nécessaire, tant le sujet reste sensible auprès des descendants des victimes.

Certains habitants restaient pourtant méfiants, redoutant que la présence d’un résistant dans la fiction ne brouille les faits. « La Résistance, il n’y en a jamais eu à Oradour », rappelaient certains d’entre eux au Parisien. Et ce, craignant que cet argument ne soit un jour récupéré par des révisionnistes. La production, qui a tourné en Belgique, a dû composer avec cette vigilance constante des familles et des élus locaux.

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Caroline Anglade, qui incarne Marie aux côtés de Matt Pokora, confie avoir été profondément marquée par le tournage. « Certaines scènes m’ont un peu coupé le souffle. On a toujours du mal à se dire que c’est vraiment arrivé », raconte l’actrice. Elle dit avoir appelé ses enfants chaque soir pour tenir le choc émotionnel de ce rôle.

1975 : “Le Vieux Fusil” ouvre la voie

Cinquante ans plus tôt, un autre film s’était déjà inspiré du drame limousin, sans jamais le nommer directement. Dans Le Vieux Fusil, Philippe Noiret incarne un chirurgien dont l’épouse, jouée par Romy Schneider, et la fille sont massacrées par des soldats de la division SS Das Reich. Un scénario largement inspiré des exactions commises à Oradour, transposées dans le Quercy plutôt que dans le Limousin.

Contrairement à Oradour, le film de Robert Enrico choisit la fiction pure et le récit de vengeance, plutôt qu’une reconstitution fidèle des événements. Le personnage se transforme peu à peu en justicier implacable, éliminant méthodiquement les soldats responsables du massacre. Un parti pris qui a suscité la controverse à sa sortie, certains critiques dénonçant son manichéisme.

Cela n’empêche pas le long-métrage de devenir un immense succès populaire, avec plus de 3,3 millions d’entrées et trois César, dont celui du meilleur film. En 1985, il reçoit même le César des Césars, preuve de sa place durable dans la mémoire collective française.

Le tournage n’a pourtant rien eu d’un long fleuve tranquille. Romy Schneider, alors en plein surmenage, s’implique corps et âme dans son rôle. Au point que le réalisateur supprime finalement ses cris lors de la scène la plus éprouvante, jugée trop insoutenable. Philippe Noiret avouera bien plus tard être tombé littéralement amoureux de sa partenaire durant ce tournage intense, marqué par une alchimie difficile à trouver entre les deux acteurs.

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Deux œuvres, un même défi : transmettre la mémoire

Malgré leurs approches opposées, ces deux fictions partagent un même objectif. Sensibiliser des générations qui connaissent de moins en moins l’histoire du village martyr. Agathe Hébras espère ainsi « que le grand public découvre le massacre d’Oradour-sur-Glane et s’en saisisse pour servir le devoir de mémoire ».

Le maire d’Oradour-sur-Glane partage cette conviction, malgré les réticences initiales. « Il est important de faire de la sensibilisation sur le sujet, notamment auprès d’un public plus jeune pas forcément informé du drame », explique-t-il, saluant la sincérité de la démarche de Matt Pokora. Une position qui tranche avec les critiques adressées au Vieux Fusil en son temps.

Cinquante ans séparent ces deux œuvres, mais le défi reste identique : raconter l’horreur sans la trahir. Entre la fiction assumée d’Enrico et la volonté de fidélité historique de Pierre Aknine, le cinéma continue de chercher comment transmettre, sans jamais vraiment y parvenir totalement, l’ampleur de ce qui s’est joué à Oradour-sur-Glane le 10 juin 1944.

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