Le 24 septembre 2004, Richard Virenque fait ses adieux de coureur cycliste à ses supporters depuis la scène de l’Olympia, à Paris. Une sortie en fanfare pour celui que l’on surnommait « Richard cœur de lion », sept fois vainqueur du classement de la montagne sur le Tour de France. Un symbole pour ce grimpeur charismatique, dont la carrière restera marquée autant par ses exploits que par l’affaire Festina.
Mais derrière cette image de champion adulé, Virenque a aussi connu un épisode autrement plus sombre, quelques années après avoir raccroché le vélo. Une chute d’une violence inouïe, qui a défiguré son visage et failli lui coûter la vie, lors d’une simple sortie cyclosportive dans les Alpes.
Une chute d’une rare violence à Méribel
L’accident survient lors de l’Alpes Open Tour, une épreuve cyclosportive disputée sur cinq jours en haute montagne. Alors qu’il roule sur un contre-la-montre individuel près de Méribel, Virenque passe sur un ralentisseur. La fourche de son vélo se disloque brutalement et lui retombe en plein visage. Le choc est d’une violence extrême.
Un détail rend l’accident encore plus troublant : ce jour-là, l’ancien grimpeur pédale sur le même vélo qu’il utilisait lors de son ultime Tour de France. Une machine chargée de symbole, transformée en quelques secondes en source de sa pire mésaventure. Personne, dans son entourage, n’aurait pu imaginer une telle issue pour une simple sortie cyclosportive entre passionnés.
Transporté en urgence à l’hôpital de Moûtiers puis transféré au CHU de Grenoble, l’ancien champion souffre d’une fracture du nez, d’une fracture ouverte au front et de multiples plaies. Les médecins lui posent 32 points de suture. « J’ai failli perdre la vie », confiera-t-il des années plus tard dans le magazine Pédale.
Ce jour-là, Virenque ne portait pas de casque. Un choix qui, paradoxalement, lui aurait sauvé la vie. « Comme je n’avais pas de casque, le crâne a cassé et l’œdème est ressorti avec le choc. Donc mon front s’est ouvert en deux, ça a été ma chance », explique-t-il. Avec un casque, précise-t-il, la pression n’aurait pas pu s’évacuer, entraînant des lésions neurologiques potentiellement irréversibles.
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“J’étais un zombie” : le combat pour retrouver un visage
Dans les jours suivant l’accident, le visage de Richard Virenque reste profondément tuméfié. Au point que son propre fils ne le reconnaît plus. « Mon fils, qui était tout petit, est venu me voir. Le pauvre n’a pas pu rester plus de deux minutes dans la pièce. J’étais enflé de partout », se souvient-il, encore marqué par cette scène.
Heureusement, l’ancien coureur tombe sur un chirurgien esthétique qui va littéralement lui reconstruire un visage. « On va vous décabosser », lui aurait promis le professeur Lebeau, avant plusieurs mois d’interventions et de rééducation. Malgré un nerf sectionné, dont il garde des séquelles, Virenque parvient peu à peu à retrouver une apparence normale.
« J’étais défiguré pendant les semaines, les mois qui ont suivi », résume-t-il crûment, sans chercher à minimiser l’ampleur du traumatisme. Placé sous morphine pendant six mois pour supporter la douleur, l’ancien champion décrit une période durant laquelle il ne se reconnaissait plus lui-même dans le miroir, tant les séquelles physiques étaient impressionnantes au sortir de l’accident.
Sur le plan psychologique, la rechute est tout aussi rude. « Après un traumatisme crânien, tu fais une dépression nerveuse pendant huit à douze mois, c’est normal, il faut juste être accompagné », confie-t-il, sans détour sur cette période de reconstruction intime autant que physique.
Un divorce qui vient s’ajouter à l’épreuve
Comme si cela ne suffisait pas, un autre coup dur frappe le champion en pleine convalescence. Son épouse de l’époque, Stéphanie, le quitte alors qu’il traverse cette période extrêmement difficile. « Mon ex-femme a eu la bonne idée de se barrer avec quelqu’un d’autre quand j’étais en bas de la cave », lâche-t-il, non sans une pointe d’amertume.
Le couple, marié depuis 1997 et parents de deux enfants, Clara et Dario, se sépare finalement à l’amiable en 2008. « Remonter la pente, ça a peut-être été le truc le plus dur de ma vie. J’ai mis trois ans à me remettre de ce divorce », reconnaît Virenque, dont la résilience aura été mise à rude épreuve sur tous les fronts à la fois.
Depuis 2012, l’ancien grimpeur file des jours plus heureux aux côtés de Marie-Laure, avec qui il a eu un fils, Eden, né en 2014. Reconverti en consultant pour Europe 1, Richard Virenque continue aujourd’hui de partager sa passion du vélo, cicatrices du passé désormais apaisées.
Cette résilience, Virenque l’avait déjà démontrée à d’autres moments de sa carrière d’après-cyclisme. Dès 2006, il remportait l’émission de télé-réalité Je suis une célébrité, sortez-moi de là ! sur TF1, preuve d’un mental toujours aussi solide malgré les épreuves traversées. De consultant Eurosport à animateur radio, l’ancien grimpeur n’a jamais cessé de rebondir, transformant chaque coup dur en nouveau départ.
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