“J’ai beaucoup pleuré, il me faisait peur” : à 9 ans, elle témoigne avec son doudou contre son grand-père par alliance

Le 8 septembre 2026, au tribunal judiciaire de Montauban, Jordana, 9 ans, se présente doudou à la main. Sa tête dépasse à peine de la barre, elle demande que son grand-père par alliance quitte la salle. Quand elle commence à parler de “papi Roger“, elle lâche : “J’ai beaucoup pleuré, il me faisait peur“, confie-t-elle à La Dépêche du Midi.

Son récit a déclenché une enquête pour agressions sexuelles incestueuses visant Roger P., 79 ans, retraité vivant à Varennes, dans le Tarn-et-Garonne. Les faits, dénoncés par d’autres filles de la fratrie, auraient eu lieu entre 2020 et 2021 puis de septembre 2025 à avril 2026, à Grisolles et Villematier, en Haute-Garonne.

À Montauban, le témoignage d’une fillette de 9 ans face à “papi Roger”

Sous la présidence d’Emmanuelle Yvert, l’accusé conteste les faits. “Ils se sont tous mis d’accord pour m’enfoncer“, affirme Roger P., persuadé d’un complot familial. Il se dit exploité par les siens et martèle : “C’est ma récompense, après leur avoir rendu service : le jardin, les travaux dans les maisons, les enfants à garder. On était des esclaves.“

Plusieurs femmes de la famille décrivent un comportement intrusif. Face à Roger P., la vice-procureure Lucile Moutier demande : “Lorsque vous mettez la main sur les fesses, dites-vous, en chahutant avec des femmes de la famille : elles sont d’accord ?” Puis elle enchaîne : “Vous apprécieriez que l’on vous mette la main sur vos fesses ?” L’homme finit par répondre “Non.” Le tribunal prononce trois ans de prison avec sursis probatoire, l’inscription au fichier des délinquants sexuels FIJAIS et renvoie les préjudices à une audience civile le 25 mars 2027.

Les larmes et la peur de Jordana : le récit d’une enfant à la barre

Jordana a tenu à venir témoigner, entourée de sa mère et de son avocate Mᵉ Virginie Béteille. Elle décrit d’abord le jeu à la piscine : “À la piscine, on jouait, et il m’a touchée.” Elle raconte avoir alerté sa grand-mère : “Je l’ai dit à ma grand-mère, elle m’a dit : “Ce n’est pas grave, laisse-toi faire.”“

Elle parle aussi des trajets en voiture : “Au volant, il avait une main sur le volant et une autre sur mes parties intimes.” Mᵉ Virginie Béteille lui demande : “Pourquoi tu as voulu témoigner ?” Jordana répond : “Pour entendre Roger s’il raconte une autre histoire.” Puis elle constate : “Il a dit beaucoup de mensonges.” L’accusé réplique : “Elle a bien appris sa leçon par cœur.” L’expertise psychiatrique, lue à l’audience, retient les mots “Excitation déviante pédophile“, “peu d’empathie“, “impunité“. Pour la vice-procureure, Jordana a “brisé un tabou familial bien enkysté.“

Salles Mélanie, 119 et 3919 : recueillir la parole des enfants victimes

Pour recueillir la parole des enfants victimes, le ministère de l’Intérieur rappelle : “Les salles Mélanie sont des espaces, adaptés, permettant de recueillir la parole des jeunes victimes ou témoins d’agression sexuelle.” En cas de danger ou de doute, “Le 119 est le numéro national dédié à la prévention et à la protection des enfants en danger ou en risque de l’être“, joignable gratuitement 24 h/24. “Violences Femmes Info, au 3919, est le numéro national de référence pour l’écoute et l’orientation des femmes victimes de violences“.

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