Julia, la petite fille de Louis de Funès, révèle le plus grand regret de l’acteur : “L’ironie de sa vie”

Comment un acteur capable de faire rire des générations entières de Français a-t-il pu rester quasiment ignoré par l’élite intellectuelle de son pays ? C’est le paradoxe que soulève Julia De Funès, philosophe et petite-fille de Louis de Funès, invitée de l’émission Un monde, un regard sur Public Sénat. 

Face à Rebecca Fitoussi, elle revient sur le rapport compliqué qu’a longtemps entretenu son grand-père avec l’intelligentsia parisienne, malgré un succès populaire colossal jamais démenti de l’acteur décédé le 27 janvier 1983. Un constat qu’elle prolonge par une réflexion plus personnelle sur sa propre légitimité, elle qui a dû, comme lui, batailler pour être prise au sérieux.

Un succès populaire jamais validé par l’élite

“L’ironie de la vie, c’est qu’il aura connu une grande reconnaissance, bien sûr, et un grand succès, mais la reconnaissance de l’intelligentsia parisienne, il ne l’aura pas véritablement connue“, lâche d’emblée Julia De Funès. Un “esprit de snobisme très parisien, très élitiste”, selon elle, qui a longtemps tenu Louis de Funès à distance des cercles critiques.

Dans les années 1960 et 1970, le comédien essuie effectivement les foudres d’une partie de la presse, à commencer par le critique Jean-Louis Bory, connu pour la virulence de ses chroniques au Nouvel Observateur envers son cinéma. L’Encyclopædia Universalis résume elle-même cette carrière en deux temps : vingt ans de seconds rôles, puis vingt ans de gloire, l’acteur restant “plébiscité par le public et ignoré ou méprisé par la critique”. “Justement parce qu’on ne voit pas la philosophie derrière l’humour”, résume Rebecca Fitoussi.

Il faudra attendre 2020, et une exposition que lui consacre la Cinémathèque française, pour qu’une partie du monde du cinéma revienne sur ce jugement. L’institution, longtemps identifiée aux détracteurs de l’acteur, explique alors vouloir “percer le génie de ce clown en l’observant en détail”, selon les mots de son directeur Frédéric Bonnaud. Une reconnaissance tardive que son propre fils, Olivier De Funès, avait qualifiée la même année de “petite revanche sur les critiques d’il y a 40-50 ans”.

La légitimité, un combat de famille

Pour Julia De Funès, ce mépris de l’élite envers le populaire ne s’arrête pas à son grand-père. “Et surtout qu’on ne voit pas la noblesse du côté populaire”, complète-t-elle, avant de faire le lien avec sa propre discipline : s’adresser au plus grand nombre reste, selon elle, un exercice “très vite décrié par le sérail”, y compris en philosophie. 

Un constat qui résonne avec son propre parcours : diplômée et passée par l’université avant de se faire connaître du grand public, elle confie avoir eu besoin de ce détour académique pour se sentir légitime. “On est dans un pays tellement statutaire, plus mon histoire familiale, que si on n’a pas les diplômes académiques et légitimes, on est très vite déconsidéré”, explique-t-elle, avant que Rebecca Fitoussi ne complète d’un sobre “pas pris au sérieux”.

Mais pour la philosophe, ce passage obligé par les institutions ne doit pas devenir une fin en soi. “La plus grande noblesse, pour moi, surtout dans les matières intellectuelles, c’est de ne pas rester dans le sérail universitaire que j’admire en tout”, nuance-t-elle, avant de saluer “une admiration sans borne” pour ses anciens professeurs. Rendre sa discipline accessible au plus grand nombre reste, à ses yeux, la démarche la plus noble qui soit : “c’est tout à fait noble parce que c’est très démocratique”, conclut-elle. Un principe qu’elle applique depuis des années, en intervenant en entreprise et en publiant des essais grand public tels Socrate au pays des process ou Le Siècle des égarés.

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