Rachid Taha serait né il y a 68 ans, ce 18 septembre 2026, à Saint-Denis-du-Sig, en Algérie. Le chanteur de Ya Rayah et de Rock el Casbah, disparu en septembre 2018, avait longtemps caché au public une maladie rare, diagnostiquée dès 1987, alors qu’il n’avait que 27 ans.
Ce syndrome, souvent confondu avec de l’ivresse par les spectateurs de ses concerts, portait un nom précis : la malformation d’Arnold-Chiari. Une pathologie neurologique méconnue, que l’artiste avait finalement choisi de révéler publiquement, quelques mois avant sa mort.
class="instagram-media" data-instgrm-captioned="" data-instgrm-permalink="https://www.instagram.com/reel/DUQ5NS4iFQE/?utm_source=ig_web_copy_link&stkn=NTc4MTIwNjQ2YQ==" data-instgrm-version="14" style=" background:#FFF; border:0; border-radius:3px; box-shadow:0 0 1px 0 rgba(0,0,0,0.5),0 1px 10px 0 rgba(0,0,0,0.15); margin: 1px; max-width:540px !important; min-width:326px; padding:0; width:99.375%; width:-webkit-calc(100% - 2px); width:calc(100% - 2px);" >
Une maladie longtemps prise pour de l’ivresse
Dès 1987, à l’âge de 27 ans, Rachid Taha perd de la force dans sa main droite. Ce symptôme le conduit vers un diagnostic difficile : une malformation congénitale rare, touchant directement le fonctionnement de son cervelet et de son système nerveux.
Le chanteur subit deux opérations, en 1989 puis en 1999, pour tenter de limiter les effets de cette pathologie. Mais les symptômes persistent, notamment des troubles de l’équilibre, souvent mal interprétés par le public. « J’en ai marre que les gens me prennent pour quelqu’un de “bourré” sur scène », confiait-il, agacé par cette méprise récurrente.
Peu avant sa mort, il décide de lever le voile sur son mal, dans un entretien accordé au quotidien algérien El Watan. « Je titube, car je perds l’équilibre. Je vacille. Cela génère un dérèglement dans le corps », expliquait-il, désireux avant tout d’informer un public longtemps tenu dans l’ignorance.
Cette confession tardive tranche avec la discrétion qu’il avait longtemps opposée à cette question. Pendant plus de trente ans, l’artiste, révélé avec le groupe Carte de séjour puis devenu une figure mondiale du raï et du rock métissé, avait préféré taire les détails de son état de santé, quitte à laisser planer le doute sur ses apparitions scéniques parfois chancelantes.
Une malformation neurologique rare et complexe
La malformation d’Arnold-Chiari désigne une anomalie structurelle touchant le cervelet. Concrètement, une partie de cet organe, les amygdales cérébelleuses, glisse anormalement vers l’ouverture située à la base du crâne, appelée foramen magnum.
Cette pathologie provoque des symptômes multiples et parfois déroutants : maux de tête, vertiges, troubles de l’équilibre, fourmillements dans les mains, mais aussi, dans certains cas, incontinence ou troubles digestifs. Rachid Taha en détaillait lui-même les effets les plus lourds : « L’incontinence, un calvaire, la constipation et bien sûr le déséquilibre… »
Le chanteur attribuait directement l’origine de sa maladie à la consanguinité au sein de sa famille. « Mes grand-mères étaient sœurs […]. Et mon père s’est marié avec sa cousine », expliquait-il, avant de lancer un appel sans détour : « Arrêtez de vous marier entre vous ! » Un témoignage rare, motivé par une volonté de prévention, plus que par un simple besoin de se confier.
Selon la gravité du déplacement des amygdales cérébelleuses, les médecins distinguent plusieurs types de cette malformation, la forme la plus sévère portant justement le nom d’Arnold-Chiari, en référence aux pathologistes allemand et autrichien qui l’ont décrite au tournant du XXe siècle. Le diagnostic repose aujourd’hui essentiellement sur l’imagerie par résonance magnétique, seul examen capable de visualiser précisément cette anomalie.
Une disparition brutale, loin de la maladie qui le rongeait
Ironie du sort, ce n’est finalement pas la malformation d’Arnold-Chiari qui emporte Rachid Taha. Le chanteur meurt dans son sommeil, dans la nuit du 11 au 12 septembre 2018, à son domicile des Lilas, en Seine-Saint-Denis, des suites d’une crise cardiaque.
Son producteur et ami Michel Levy avait alors évoqué une santé fragile, sans toutefois nommer précisément la maladie. « Je n’ai pas osé lui demander de quoi il s’agissait vraiment. Il était très discret sur le sujet », confiait-il au lendemain du décès, révélant la pudeur de l’artiste sur cette question intime.
Enterré à Sig, sur la terre de ses ancêtres, Rachid Taha laisse derrière lui une œuvre musicale considérable, mêlant raï, rock et chaâbi. Il avait reçu, quelques années plus tôt, une Victoire de la musique d’honneur, couronnant l’ensemble de sa carrière et son rôle de passeur entre les cultures.
Son témoignage sur la malformation d’Arnold-Chiari, livré dans les derniers mois de sa vie, demeure aujourd’hui l’un des rares éclairages publics sur cette maladie encore largement méconnue du grand public. Une dernière prise de parole, à l’image de l’engagement qui aura marqué toute sa trajectoire artistique.